Avec 1,13 million de salariés et 628 000 entreprises, le BTP est l’un des principaux secteurs d’activité et d’emploi en France. Tel un thermomètre de l’économie, on a d’ailleurs coutume de dire que “quand le bâtiment va, tout va”. 

La construction est souvent représentée par ses ouvrages majeurs ou ses engins démesurés. Ce n’est toutefois pas qu’une affaire de machines et de matériaux. Dans le BTP, l’humain prend tout son sens ! Les ressources humaines jouent alors un rôle essentiel. Pour comprendre ces Femmes et ces Hommes, leurs métiers et leurs besoins, il ne faut pas hésiter à mettre les bottes de chantier et à aller sur le terrain !

Quel est le rôle des Ressources Humaines dans le BTP ? Comment aider les entreprises de la construction et des travaux publics à recruter dans un secteur particulièrement concurrentiel ? Comment offrir des évolutions et de bonnes conditions de travail dans un domaine où les risques professionnels sont nombreux ? Enfin, comment communiquer avec des salariés itinérants souvent éloignés et déconnectés des bureaux de l’entreprise ? 

Avec plus de 20 ans d’expérience des ressources humaines dans le BTP, Stéphanie Rozier, consultante RH, nous aide à décrypter ce domaine d’activité et partage ses conseils pour développer le capital humain que l’on soit une TPE ou un grand groupe de construction.

Les RH dans le BTP

Les particularités du secteur du bâtiment et des travaux publics 

De la construction de bâtiments privés ou publics à la promotion immobilière en passant par les travaux publics et le génie civil, le secteur du BTP offre une diversité importante de métiers, d’entreprises, de chantiers… et de conventions collectives. Le premier défi des RH est donc d’avoir une bonne connaissance du droit social, des accords de branches et des accords collectifs.

D’autant qu’il existe quelques spécificités propres au secteur de la construction avec par exemple le Contrat à Durée Indéterminée de Chantier (CDIC), sorte de contrat glissant et hybride entre le CDI et le CDD qui permet aux salariés de s’engager sur la durée des travaux d’un chantier. 

Entre les chefs de chantier, les conducteurs d’engins, les électriciens, les maçons, les peintres, les terrassiers ou encore les ingénieurs en génie civil, le second défi d’un responsable RH dans le BTP est celui d’appréhender la multitude des métiers et des niveaux sociaux professionnels. D’autant que les talents sont particulièrement difficiles à attirer et à conserver dans les entreprises, que l’on soit un grand groupe de construction comme Vinci, Eiffage ou Bouygues ou une petite entreprise locale. 

Ensuite, comment gérer, animer ou former des salariés qui sont, par définition, sur le terrain, parfois loin des bureaux et souvent pressés ? C’est le troisième défi posé aux gestionnaires RH qui doivent savoir parfois quitter leur bureau à l’agence ou au siège et aller sur les chantiers à la rencontre des équipes. Une réunion, une causerie, un barbecue, une visite de chantier : les occasions sont nombreuses pour communiquer aisément et découvrir ou redécouvrir leur savoir-faire

Sur place, on découvre alors les conditions de travail en extérieur parfois difficiles et des risques professionnels. Je le dis souvent : “si tu fais une carrière dans le BTP, t’en ressors un peu cassé”. C’est un métier à risques qui demande de porter des charges, de se baisser et de manipuler des outils. Le secteur représente 14% des accidents de travail et 15% des maladies professionnelles alors qu’il ne compte que 8% des salariés. Un challenge quotidien pour tous les acteurs du secteur.

À cela s’ajoutent l’organisation de chantier et la gestion des plannings qui peuvent également être bouleversés par les contraintes climatiques. La gestion administrative RH et la gestion de la paie deviennent alors de véritables challenges lorsqu’il faut jongler entre les congés intempéries BTP, l’activité partielle et les heures supplémentaires pour rattraper les retards.  

La gestion du recrutement dans le BTP  

Entre 220 000 et 320 000 nouveaux salariés intègrent le secteur du bâtiment chaque année, soit l’équivalent du renouvellement de quasiment ¼ des effectifs. Les métiers de la construction souffrent d’un important turnover dû à la concurrence et à la pénibilité du travail mais aussi d’une forte pénurie sur certains profils, notamment pour les conducteurs de travaux, les chefs de chantier, les chefs d’équipes BTP ou encore les chefs de projet BIM pour la conception des maquettes numériques.

Par ailleurs, la construction nécessite une forte flexibilité pour s’adapter aux contraintes et aux besoins des chantiers. Il n’est donc pas étonnant que ce soit l’un des secteurs qui emploie le plus d’intérimaires

Le recrutement est alors un enjeu très important dans le BTP. Un chargé de recrutement doit non seulement trouver du personnel qualifié mais aussi des profils très techniques, rares et disputés entre les entreprises du secteur. À chaque début de grands  projets, on assiste donc au grand mercato. La politique de rémunération reste le premier critère de choix pour intégrer une entreprise mais pas le seul. L’intérêt des missions et la localisation entrent également en ligne de compte. 

Lorsqu’il s’agit de fidéliser les salariés, c’est la Qualité de Vie au Travail (QVT) qui devient le critère principal devant le salaire, avec notamment l’ambiance au travail et les conditions de travail qui reposent en grande partie sur les relations avec les responsables de chantier, véritables relais de l’entreprise sur le terrain. Avec eux, on veillera alors à réduire la pénibilité du travail et à favoriser l’équilibre entre vie personnelle et vie professionnelle

Travailleurs sur un chantier

Comment communiquer avec les équipes sur les chantiers ? 

Contrairement à l’industrie où les équipes sont centrées sur un site, les chantiers du BTP imposent la décentralisation. La communication interne est l’un des points les plus difficiles. L’information est pourtant essentielle pour assurer la gestion administrative du personnel, créer un sentiment d’appartenance à l’entreprise et donner du sens au travail.

Au quotidien, les responsables de chantier sont un maillon essentiel tant en termes de management que de communication. Lorsqu’un échange direct avec les RH est nécessaire, décrocher le téléphone est souvent la solution la plus simple. Mais lorsqu’il s’agit de partager une information importante, le mieux est encore d’aller sur le terrain comme par exemple pour présenter le plan de développement et de compétences. On peut alors s’assurer que le message est passé et répondre aux questions. 

La réussite de votre communication ne se limite pas à aller sur place, il faut aussi maîtriser l’échange avec les équipes. Elle doit permettre d’impliquer tout le monde en évoquant, de façon positive, les sujets liés au travail.

La formation et la prévention dans les métiers du BTP 

Limiter les risques professionnels et renforcer la sécurité des salariés du BTP nécessite de travailler sur 3 axes : la prévention, la formation et l’aménagement des conditions de travail. 

Pour minimiser les risques et éviter les accidents sur les chantiers, les entreprises de BTP doivent mettre en place une démarche de prévention des risques professionnels. Le code du travail indique que l’employeur doit assurer la sécurité et être capable de protéger la santé physique et mentale des travailleurs. Par conséquent, il faut sécuriser tous les chantiers et protéger les ouvriers avec les Équipements de Protection Individuelle (EPI) adaptés à leurs activités tels que des gants, des casques, des chaussures de sécurité, qui sont aujourd’hui obligatoires pour la protection des ouvriers. 

Dans un secteur en perpétuelle mutation, la politique de formation est essentielle pour développer les compétences et suivre les évolutions réglementaires. Dans le BTP, la plupart des formations sont des formations obligatoires de prévention, de secourisme, pour les travaux à proximité de réseaux (AIPR) souterrains ou pour la conduite des engins (CACES). L’acquisition des compétences n’est pas toujours évidente. Certains ouvriers présentent des difficultés avec la pratique et la rédaction du français, ce qui nécessite une prise en compte de la part des services RH La solution la plus efficace est de faire les formations directement sur les chantiers pour faciliter l’accompagnement et favoriser l’engagement.

Enfin, comme on a pu le voir, la santé au travail est aujourd’hui un sujet majeur dans le BTP. Des démarches de Qualité de Vie au Travail (QVT) sont mises en place pour améliorer les conditions de travail des ouvriers et s’assurer qu’ils sont protégés des risques du métier. L’une des solutions, c’est l’innovation avec par exemple l’Ironhand développée par le groupe Eiffage, un gant bionique d’assistance physique qui amplifie mécaniquement la force naturelle ou prévient les Troubles Musculo-Squelettique (TMS).